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CHAMBRE VIDE AVEC TOIT ET ORCHESTRE

Quand pendant une heure j’attends le train de la montagne qui vient de Cuneo pour rentrer chez moi à Nice quand j’attends là sur ce quai de la gare du bout du monde dans l’ombre de la nuit qui s’avachit je compte les rapaces j’ignore pourquoi ils tournent en rond je suis seule j’ai froid j’ai mille pensées emmêlés dans mes cheveux je me sens une proie facile.

Saint-Dalmas-de-Tende c’est là où il y a une gare à quelques encablures de la vallée des Merveilles qu’on dirait plantée pour un ancien décor de film néoréaliste italien. L’édifice mussolinien offre son profil à un petit château au milieu des arbres dans le cœur de la montagne réservé jadis à l’une des protégées du Duce dont j’ignore le nom et dont tout le monde se fiche sauf les spécialistes. L’édifice est vide mais pas inhabité les murs tiennent bon bien droit dans leurs bottes de pierre beige le toit aussi recouvert de terrasses illusoires où personne ne danse où le linge mouillé n’a jamais claqué.

Les murs couvent des souvenirs qui n’intéressent personne ils abritent les vents qui s’engouffrent par les fenêtres aux vitres brisées et aux volets valsant. En altitude on ne sait pas toujours d’où vient le vent il se peut qu’un vent se mêle à un autre parfois je suis debout sur le quai et j’assiste à ce lâché des rideaux partenaires des bourrasques tramontane d’automne des voilages égratignés qui s’accrochent se frappent se froissent comme on en voit dans les livres dans les films la minute qui précède l’entrée des fantômes. A travers les vitres harcelées par les claquements intempestifs les oiseaux s’infiltrent les chauve-souris s’invitent et avec eux de nombreux petits rongeurs y ont élu domicile. Sans doute remplacent-ils les jeux des enfants et des adultes dans les chambres et leurs nids meublent les encoignures. Des mystères se substituent aux secrets.

 Quand loin de tout j’attends pendant une heure parce qu’il n’y a pas de café où se pauser que je n’ai pas eu envie de pénétrer la salle des professeurs du collège dont je sors et que je ne sais pas où m’asseoir ici et pas envie là-bas à quelques mètres sous l’abri isolé du quai qui n’a rien de pittoresque abritant des canettes cabossées des mégots des vieux mouchoirs en papier décomposé et les urgences biologiques de dernière minute canines ou humaines je n’ai pas envie ne sais pas où poser mon sac là où je ne me sens pas à l’abri. J’imagine des temps plus froids et plus durs quand cette vallée dans la Roya rivière tourmentée aux pierres rondes qui roulent jusque dans le paillon était italienne jusqu’en 1947. Pendant cette heure-là je regarde à droite et à gauche plusieurs fois c’est presque un tic nerveux c’est presque un réflexe de chien de garde. Je guette les entrées des deux tunnels grattés dans la roche qui à leurs heures sont aussi des sorties deux trous noirs comme des orbites décharnées creusées dans la roche d’où jaillirait mon train plus tôt que prévu si j’avais de la chance comme je l’attends avec son petit tchou-tchou je vais pas le casser c’est promis donne-le moi ton train électrique damilo damilo juste un tour. Je compte jusqu’à trois et il apparaîtra.

J’ai conscience que cette scène pourrait être celle d’un film je me joue un peu la comédie j’ai le temps pour ça trop. Trop froid pour lire je téléphone à mon fils il m’assure qu’il est bien rentré de l’école il me réchauffe il se met à me raconter tant de choses sur sa journée que je ne vois pas le sablier s’écouler et que le froid charge et que la nuit barre la route à ma vue. Le temps de l’attente se rétrécit.

 J’observe les rails et l’image des souris et des rats dans le métro parisien me revient je les aimais bien ces bestioles là où elles étaient qui animaient les rails insouciantes et affairées pas de surplace pas de temps mort dans ce train-train. Un peu un écho des gens qui attendaient leur rame. En scrutant les rails je surveille je guette un frémissement qui serait autre que celui des rideaux à l’allure de draps éventrés aux couleurs éventées et si je pouvais comme l’ont fait des résistants je me coucherais sur la voie je collerais mon oreille à la ferraille oui si je pouvais je veux dire si j’osais puis au son du métal vibrant aux mouvements imperceptibles je pourrais évaluer les distances et le temps qui resterait à attendre.

Attendre. Qu’attend-on pour ne plus attendre. Il y a des civilisations qui n’attendent rien d’autres que la pluie ou le soleil. Je me heurte à l’aplomb de la montagne qui encadre le tunnel de droite. Elle a changé de couleurs depuis mon voyage de la semaine dernière et depuis une demi-heure la nuit gagne la végétation passe du vert jaune orange au brun violet rouge puis au sombre monochrome. Je pense aux impressionnistes à ceux qui peignaient sur le motif en trimbalant tout l’attirail pour travailler contrairement à ceux qui préféraient les jardins et les paysages vus derrière leurs fenêtres. Mais à cette heure ceux-là ils avaient dû rentrer et fermer les volets.

 Je vois une forme s’approcher rapidement ronde petite légère des cheveux longs. Elle court dans ma direction j’entends de son sac à dos les clés qui sautillent tintinnabulent s’ajoutant aux bracelets métalliques qui ornent son poignet. Elle me dit bonjour sans articuler un seul mot camouflé dans un bref sourire sans me regarder derrière des lunettes triples foyers qui font de ses yeux des abonnés absents je dis bonsoir. Elle pose son imposant postérieur qui rebondit sur le rebord d’une mince marche contre le mur de ce qui était une vraie gare avec des employés en uniforme aubergine ou bleu marine du mobilier bas de gamme du café et des guichets. On me dit que la gare fut il y a quelques années aménagée en colonie de vacances pour les enfants de la SNCF puis plus rien un rien qui a offert à quelques squatters un abri provisoire au vert.

 Je devine d’obscures histoires une intuition de portes verrouillées nourrie par ce train hors service derrière moi sur une voie de garage sur des rails hors d’usage je me souviens de cet accident d’il y a trois ans de ce train écrabouillé contre un autre dans un tunnel de 900 mètres. Des morts des listes de blessés comprimés dans des bousculades de dominos un accident tout près d’ici. Il y a la presse. Le procès. Des causes humaines dit-on. Affaire classée sous une bâche verte qui dans la tôle chiffonnée cache maladroitement les efforts pour oublier le drame et j’ai des frissons. Hâte de partir mais il y a cette fille sans âge qui m’extirpe un sourire depuis qu’elle parle seule pousse de petits cris étouffés simiesques s’agite interpelle des gens qui ne sont pas là voit des choses que je ne vois pas. Elle communique avec ses démons elle se met en colère se bat tire des coups de pieds et des coups de poing dans le vide se rassoit se relève énergiquement m’ignore et avance au bord de la voie pour voir le plus loin possible abréger son attente du train enfin elle invective le train absent. Elle a sa propre façon de faire front au désœuvrement elle me sourit je lui demande quelle heure il est elle ne me répond pas ni ne me regarde elle s’assoit ouvre ses épaisses cuisses sur lesquelles s’appuient des doigts courts impatients et dodus elle pianote et là elle émet de bon cœur une série de sons organiques comme je n’en ai jamais entendus. Je ris en lui montrant mon dos je ris trop j’en pleure en me tenant l’estomac ça me donne chaud je me cache je sais que ce rire là ne se partagerait pas. Il n’a pas de sens c’est pour ça qu’il fait du bien. Il vient de loin cet éclat de voix le mien comme s’il avait mis beaucoup de temps à se préparer gonfler il tombe en trombes comme un orage d’altitude.

C’est une fois seulement que le train approche que l’on entend un premier son mat qui ouvre les montagnes monte dans les graves puis qui cesse dès l’entrée dans le tunnel et reprend plus près plus présent un peu avant la sortie qui l’expulse à nos pieds. La fille enfin me répond j’avais oublié ma question. Ce qu’elle me répond si décalé je ne l’attendais pas je ne l’attendais plus j’apprenais à ne plus attendre elle dit t’inquiète pas elle me lance ces mots au moment ou plus rien ne m’inquiète t’inquiète pas dit-elle comme si elle avait senti ce poids dans ma question comme si elle avait deviné mon angoisse et que ma question était juste une façon d’amorcer une conversation et pas plus car j’avais sans doute la tête de quelqu’un qui connaît son heure.

 Nous montons dans le train à deux voitures en provenance de Cuneo et nous nous séparons sans un signe comme si rien de cette heure n’avait existé. S’installer en première avec un billet de seconde je trouve ça encore plus appréciable je m’étale avec ce petite goût sucré de l’illégalité je m’affale jambes déployées sur le velours rouge le silence est ouaté il n’y a personne. Commence le défilé des feuillages fondus dans la nuit tombante qui bordent de petites gorges accidentées que je devine plus que je ne distingue des villages perchés inhabités des découpes de roches sculptées dans le granit et le schiste. Tout un paysage strié haché par l’immersion cadencée dans les nombreux tunnels.

Je sais qu’un contrôleur tout vert va s’introduire dans mon sas de décompression qui ne compte que quatre fauteuils en regard. Ce sera le même que d’habitude sûrement il ne va rien dire rien parce que je vais devancer sa remarque je vais commencer par m’excuser plutôt que jouer l’innocente ah bon ? j’ai pas fait exprès. Il va sourire complice et me prévenir que le contrôleur Français sera moins compréhensif tout ça il va me le dire en italien je ne l’ignore pas il me l’a déjà dit l’autre fois un mardi comme aujourd’hui où il ne m’avait pas verbalisée. Il a oublié que je suis la même personne seuls mes vêtements ma coiffure ont changé alors voilà je vais lui baragouiner des choses en italien comme ça au hasard je vais lui dire au fait monsieur ce train ne s’appelle-t-il pas le Train des Merveilles. Et je me volatiliserai dans la nuit d’un tunnel.

Sophie Braganti

2004

PS : Chambre vide avec toit et orchestre faisait partie d’un ensemble de textes dont la majorité a été publiée par les éditions de l’Amourier en 2008 : Chambres vides.

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Depuis, avec l’arrivée des personnes qui fuient leur pays et traversent l’Italie pour échouer dans la Roya chez Cédric Herrou, Vintimille, la gare de Saint-Dalmas-de Tende, la vallée prennent d’autres résonances, tout comme ce texte exhumé des « tiroirs ».

 

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LECTURE DE SB par Maelys Ricordeau


LECTURE : FESTIVAL LES EAUDITIVES 9

Lecture du texte Dans ma tête j’éponge

publié dans le catalogue Les Savonnières éditions Plaine Page juin 2017

dans le cadre de l’exposition dans la galerie Salle des Machines et du festival Les Eauditives, avec ZIP et Plaine Page.

Avec Claudie Lenzi, Hélène Matte, Sophie Menuet, Frédérique Nalbandian, Chiara Mulas.

Merci à Eric Caligaris pour la vidéo.


Avis de parution de GINETTES

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Poème Sophie Braganti
Illustrations Claudie Guyennon-Duchêne.

Regards croisés sur le sexe féminin et ses diverses représentations.

14 € + frais de port

+ 15 exemplaires numérotés cousus et brodés par l’artiste en livre accordéon.

(contact commandes : cguyennonduchene@orange.fr)

 

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http://claudieguyennon-duchene.blogspot.fr/


COMME UN BOEUF AVEC DES JAZZMEN

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MARC CHEVALIER AU DOJO DE NICE : LA CHAIR DES OMBRES, DIT-IL

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Dans le cadre des 20 ans de la Station à la Villa Arson, Marc Chevalier hors les murs, réalise un défi, une performance (avec en plus, un engagement physique incroyable) une oeuvre polymorphe, monumentale où l’équilibre et l’harmonie s’installent dans le déséquilibre et le chaos. Une architecture puissante et fragile se dessine avec 120m3 d’encombrants.

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Les poubelles niçoises repérées, récupérées par ses soins, sont déversées dans le cadre de travail d’une agence de création en communication plutôt froide, au design pratique et austère, disons fonctionnel. Les salariés font presque partie de l’oeuvre, à leur corps parfois défendant peut-être, ils modifient leurs habitude de travail et avec, leur regard sur l’art, le monde, leur monde, parfois, peut-être. C’est ainsi que le concevait dans ce même lieu et au sous-sol, voilà quelques années, Florence Forterre, dans des expositions impulsées et organisées de façon régulière : on y trouvait également des concerts, des conférences, de la danse, des festivals de vidéos, de l’édition…

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Audacieuse ouverture de Luc Clément, the boss, qui renouvelle de manière expérimentale la fonction de l’open space et la relation au travail avec des salariés. L’art s’invite, est invité, et quelques fragments, éclats de mémoire, cohabitent avec le téléphone, les rendez-vous, les dossiers, les imprimantes… les pièces se construisent en fonction du lieu, ses piliers, son mobilier, ses puits de lumière qui arrive par les vitres du toit et qui recolorie à présent, bois et boiseries d’un autre temps avec les nuances d’aujourd’hui.

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Tout semble vaciller, fragile dispositif monté comme un légo. Délicate attention portée au rebut. Honte tue et bue de notre hyper consommation qui, de plus en plus à Nice, alimente d’amples sacs de sans-abri, le soir à partir de 18H ou bien s’engouffre dans des camionnettes chancelantes.

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Pendant un mois, consterné par ses débris, vestiges que notre imaginaire réhabilite, reconstruit ou habite, Marc encombré lui-même par des projections improbables, a assemblé, détourné, stabilisé, déstabilisé ses matériaux. Deuxième vie accordée à nos souvenirs de bois qui restent dans la ville, qui se donnent en spectacle, échappant un temps à nos boulimiques poubelles et à la question de l’après Dojo.

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Il y a de l’enfance dans des jeux de cache-cache, dans la cave du grand-père, le grenier découvert au hasard d’une visite à un proche, dans les formes et les monstres que Marc surprend après coup. Il y a du pays des géants et du Petit Poucet. On se perd dans un labyrinthe. La caverne d’Ali Baba avec comme tableau une tête de lit ou un panneau d’armoire. Les tables et les chaises ont les pieds en l’air. On dirait des échelles. Le monde à cloche-pied. On embarque.

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Il y a aussi l’odeur d’un massacre, d’une démolition, ou d’un ouragan, d’un gâchis ou de la fin d’un monde, ses vestiges.

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Il y a surtout de la musique comme un boeuf joué par des musiciens de jazz.

C’est Marc qui le dit.

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En savoir plus : https://www.villa-arson.org/2016/09/marc-chavalier-arrangements-avec-le-desordre/


JEAN-BAPTISTE GANNE À DOLCEACQUA (D.A.C)

TRIANGLES NOIRS SUR FOND BLANC

https://dolceacquaartecontemporanea.wordpress.com/jean-baptiste-ganne-triangoli-neri-su-fondo-bianco/

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Quelques kilomètres panoramiques avant d’arriver au pied des blockhaus rénovés et transformés en atelier, espace à vivre et centre d’art par l’artiste, galeriste, éditeur Tilman (seulement homonyme du poète-artiste Pierre) à côté de Vintimille.

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Convivialité.Tablier de cuisto et risotto à l’encre de seiche. On sent la mer. Celle à quelques encablures où nagent les seiches et d’autres corps. Une installation de l’artiste Jean-Baptiste Ganne. Magnéto vintage customisé pour entendre et deviner la bande son des Stones altérée, d’une chanson au titre qui vient en résonance et à la vitesse ralentie d’un vieux tourne-disque : « Paint it black ».

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Jean-Baptiste Ganne joue comme il sait le faire, en incorrigible enfant turbulent, au sale gosse qui désobéit, joue des contrastes et des contrepieds ou contre-poids. Le masque de l’anarchiste et du bad boy. Hors des cadres liberticides. Ici. Un combat qui infiltre en continu, avec la même pugnacité, la rage, la nuit, la rue, des procédés esthétiques minimalistes convaincants. La poésie. Ni élégie, ni épilogue. Des murs affluent des mots. Les murs ont des oreilles. Une voix. Celle du militant masqué qui tait sa colère, passe à l’acte, à sa manière, voie de l’art qui creuse un sillon en sourdine. Un propos direct et insinué à la fois. D’un mur de ce bâti militaire de la seconde guerre mondiale, on devine plus qu’on ne lit trois mots. Réplique d’un tag découvert et photographié par JBG à Dolceacqua. Ces trois mots proposent plusieurs lectures possibles. Comme si du sens de ces triangles noirs autant que des mots, le spectateur n’avait qu’à choisir son camp : ORA / BASTA / REVOLUZIONE.

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Trois mots qui se décomposent en : Ora, basta revoluzione ! Ou bien en : Ora basta ! Revoluzione ! Cela dépend ou vous voudrez bien poser votre ponctuation. Ce sont aussi trois vers aponctués où le simple passage à la ligne oriente la lecture avec ses pauses.

A côté du clin d’oeil musical rebelle, il y a celui à Malewitch. On se souvient du célèbre monochrome révolutionnaire suprématiste, Carré blanc sur fond blanc de 1918 et plus tard du Carré noir sur fond blanc. On se souvient des engagements des artistes russes et des nouvelles propositions sociétales qui ont été opprimées. Avec cela j’ai pensé aux messages de paix tibétains et à leurs banderoles colorées qui valent pour drapeaux de prières. Ils flottent dans le vent comme leurs messages. Dans le sang noir d’implacables combats. D’encore.

 


LECTURE/RENCONTRE DIGNE-LES-BAINS

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Affiche Braganti Sophie (1)

LIBRAIRIE LA RUELLE

VENDREDI 22 AVRIL à 19 H

Je lirai des textes, poèmes aux éditions Gros textes et des inédits

 

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BEN EXPOSE LANNEAU CHEZ EVA VAUTIER

Exposition au premier étage, l’invité de Ben : Patrick Lanneau

Vernissage vendredi 22 avril avec Les visiteurs du soir.

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Dans sa peinture polychrome qui s’inscrit dans le temps et la durée, le paysage n’est pas la nature mais une nature. Toniques les énergies se fondent dans une peinture sans matière, car la matière est cette alchimie des lumières qui dessinent des plans perturbants, des assises instables. La force de Lanneau, homme et peinture, sa grande force, sa marche sans emphase, ni lyrisme, c’est la grâce. Il peint la grâce. Il peint le poids d’atteindre au bout de 50 années de recherches et de pratiques incessantes, cette petite lumière de l’oeil et du regard qui rend légère, la longue route et ses tourments.

Rien ne l’aura détourné de son essence, sens propre et figuré, si solitaire, si personnelle, jusqu’à disparaître, faire disparaître dans la peinture, la figure de l’humain. L’humain s’efface dans le geste, la trace qui proposent un nouvel espace mental. Faire ordre du désordre.

Tout glisse sur elle dans les papiers, toiles, bois, vidéos ; les modes, les dictats et les concepts d’école. Et nous voilà comme ces bois flottés qui redécouvrent l’air. Le goût de l’air. La forme de l’air. Ses saveurs.

 


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DANS L’ABBATIALE DE BOSCODON

C’était le 2 avril à l’abbaye de Boscodon. Avec des ponctuations sonores d‘Eric Caligaris et son phonopovera (Drap, torchon, balai-brosse, lave-pont, vitre et lave-vitre, chiffon, bassine, seau…). Merci à la communauté et à l’Association des amis de Boscodon.

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Laver par terre
comme dans une publicité
où les parfums traverseraient l’écran
une danse entre soi et l’idée que l’on se fait
du propre
un pas de deux une enjambée des petits pas
que le seau accompagne
passage d’une pièce à l’autre
territoires
d’un visage à un souvenir
un geste mal contrôlé et on chavire
avec les reliques
et parfois se cognant à un meuble
toucher terre
c’est quelqu’un qui se rappelle
avec un cheveu

on avait tout oublié
dans la valse de la serpillière
sans savoir que ce qu’on ramasse
dans le fond brun de l’eau
tremble

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Changer les draps

 

aplats de blancs ou de couleurs
Poliakoff De Staël Debré claquent au vent
voiles tendues pour le corps en voyages

la housse va comme un gant
le lin a rejoint ma grand-mère
tout chiffonné

à terre
la masse à laver
se fait oublier presque
s’enroule sur elle-même
le chat s’y love
et moi avec
et toi tu fais quoi

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La lessive

 

j’ai connu la lessiveuse sur la terrasse
pour le bain du mercredi au soleil
les bouillonnements au grand air sur le feu
les cloques le trouble du savon de Marseille
l’odeur du linge au bord de rendre l’âme
tout annonçait les claques dans le large des draps
l’étendoir trop haut pour nos épingles à linge
les parties de cache-cache

dans la machine elle blanche
on aime le tambour aux allures de ventre
qu’on préfère remplir
bourrer même
on tourne en rond
on se secoue avec le compte à rebours
le rinçage en secret l’essorage en relais

une pauvre chose mouillée
tient dans le creux de la main
on étire la boule cabossée
mieux
on la détend sans la déchirer
comme un pardon
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Vider la corbeille d’un Mac

 

souris blanche
clic clic
ouvrir
chez soi
assis
sans odeur
ça glisse
poubelle virtuelle
propre
icône lisse
écran
ce qu’elle contient
on ne sait plus
on n’a jamais su
un clic
vider
un son aphone
comme un baissé de rideau
quitter
fermer
éteindre

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K.Otidiennes, Triages anthologie 2010, éditions Tarabuste


Résidence (part 2) : ABBAYE DE BOSCODON

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Après Malaucène (Vaucluse), l’abbaye de Boscodon (Hautes-Alpes) avec ce programme dans la neige, entourée par l’Infernet (enfer), le Merdosus (mauvais) ou Bragousse et le Colombier (doux) qui sont trois rivières et la forêt où dit-on, l’air serait le plus pur d’Europe !

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En plus, les murs me parlent.

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Et des rencontres. Une association, des soeurs et des frères, des laïques et des pas laïques, une librairie, des archives, des chats. Surtout un. Il a des yeux bleus.

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Comme lui, je suis devenue mystique.IMG_2449.jpg

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Ecrire.

Déjà les stigmates ?

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http://bibliotheques.hautes-alpes.fr/vos-bibliotheques/nos-projets/residences-de-creation/383-residence-de-creation-sophie-braganti