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ART SINGULIER DANS LE VILLAGE DE ROUBION (06)


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Printemps 2014 : découverte d’une maison dans le village de Roubion, depuis peu habitée par celui que les gens du village appellent  » le fada « . J’y retourne régulièrement, profitant d’une maison familiale paumée à quelques vols de corbeau pour écrire, lire et marcher ou ne rien faire de particulier, et c’est un véritable « work in progress  » qui se donne à voir, exposé à l’indifférence comme à la curiosité du badaud curieux comme de l’habitant outré. Fresques en perpétuelle évolution sans que son réalisateur, que je  nomme « artiste » à son insu, ait la volonté ou la conscience de créer une véritable prouesse artistique, avec une force créatrice digne de la famille des Facteur Cheval.

Le « fada », ils ont bien essayé de le faire interner, mais comme « il embête personne et ne fait pas de mal », ils ont fini par  » l’accepter « . Il y a bien des « vigies » à l’entrée du village,  assises sur le muret de pierre, qui les ont sans doute tous vus naître, et qui, si elles n’avaient l’apparence de montagnardes de cartes postales, nous en détourneraient. « Ah ! Oui ! Vous parlez du fada ? Vous vous rendez compte ! Il jette de l’eau par terre et ça fait de la glace. Des fois il jette de la sciure : ça fait une de ces saletés ! Nous manquait plus que ça ! ». Si elles annonçaient une catastrophe naturelle, elles n’y mettraient pas moins de drame ou de craintes. A l’extérieur (je rêve de voir son intérieur ouvert à tous les vents), un radiateur est « exposé », vestige d’un confort encombrant qui n’aurait duré que quelques jours et cette révolte contre les objets de consommation Kleenex, il l’écrit à même l’appareil.

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L’homme, à ce jour, je n’ai pas réussi à le rencontrer. A l’office du tourisme toujours vide (vide comme le village, l’épicerie, le restaurant, l’église, la sublime chapelle Saint Sébastien classée, vide comme la dérisoire station de ski accrochée à sa prière invoquant les dieux anorexiques de la neige, vide comme son lac à canon et à béton), on le trouve sympathique, mais on ne parle pas d’artiste, ni même de curiosité locale.

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Avec son chien, Michel marche les pas de ses ancêtres et dans la forêt pour ramasser du bois. Il aurait eu une vie avant celle en autarcie dans la marge, une vie « normale » ailleurs, avec une famille et un emploi d’enseignant. Sa vie, il l’écrit sur les pages de sa maison ; un mur est une page,  et l’autobiographie se déroule au gré des saisons et des événements de sa vie. Des dates, de la numérologie, des prénoms et des noms de villes, des mots lâchés à la Céline, Artaud ou à la façon des poètes sonores, des invectives qu’il grave à même le revêtement mural : « La peinture anti graffitti est inutile la gravure existe », ou bien : « Ce n’est pas la peine d’abîmer la porte en tirant dessus… elle s’ouvre en poussant… ». L’écrit c’est tout ce qui parle de son silence.

Devant l’une des portes de la maison dont on se demande si elle s’ouvre, des objets disposés comme à l’occasion d’une installation in situ : chaque objet occupe une place qu’il est difficile de croire posée au hasard. L’ensemble offre une telle esthétique, une telle poésie, et l’empreinte d’un monde qui est véritablement le notre, qu’il y a là les sédiments manifestes et ostentatoires d’une oeuvre d’art. Avec juste ce qu’il faut d’humour et de révolte dans le cerveau d’un véritable artiste.

 

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