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AVANT LE LAC éditions Propos2

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VIENT DE PARAÎTRE

sophie braganti AVANT LE LAC

52 pages
Format 140 x 210 mm ISBN : 979-10-96252-16-9 COLLECTION PROPOS À DEMI Prix de l’exemplaire : 13 euros

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ERIC BOURRET : SUR LES SENTIERS D’UNE DÉMARCHE

ERIC BOURRET à la galerie Espace à Vendre (Nice)

© Eric Bourret - walk - Carnet de marche - France Oisans 2016 - 110x164cm - 189

http://aicafrance.org/eric-bourret-sophie-braganti/

 

ROUES LIBRES

Vidéo qui accompagnera mes prochaines lectures du texte éponyme.

Roues libres (voir la vidéo)

Avec Béatrice Machet sur RADIO AGORA

C’était le vendredi 13 avril 2018, et pour nous écouter échanger autour de mon travail et d’une chanson que j’aime :

Emission Mots d’azur

CHAMBRE VIDE AVEC TOIT ET ORCHESTRE

Quand pendant une heure j’attends le train de la montagne qui vient de Cuneo pour rentrer chez moi à Nice quand j’attends là sur ce quai de la gare du bout du monde dans l’ombre de la nuit qui s’avachit je compte les rapaces j’ignore pourquoi ils tournent en rond je suis seule j’ai froid j’ai mille pensées emmêlés dans mes cheveux je me sens une proie facile. Saint-Dalmas-de-Tende c’est là où il y a une gare à quelques encablures de la vallée des Merveilles qu’on dirait plantée pour un ancien décor de film néoréaliste italien. L’édifice mussolinien offre son profil à un petit château au milieu des arbres dans le cœur de la montagne réservé jadis à l’une des protégées du Duce dont j’ignore le nom et dont tout le monde se fiche sauf les spécialistes. L’édifice est vide mais pas inhabité les murs tiennent bon bien droit dans leurs bottes de pierre beige le toit aussi recouvert de terrasses illusoires où personne ne danse où le linge mouillé n’a jamais claqué. Les murs couvent des souvenirs qui n’intéressent personne ils abritent les vents qui s’engouffrent par les fenêtres aux vitres brisées et aux volets valsant. En altitude on ne sait pas toujours d’où vient le vent il se peut qu’un vent se mêle à un autre parfois je suis debout sur le quai et j’assiste à ce lâché des rideaux partenaires des bourrasques tramontane d’automne des voilages égratignés qui s’accrochent se frappent se froissent comme on en voit dans les livres dans les films la minute qui précède l’entrée des fantômes. A travers les vitres harcelées par les claquements intempestifs les oiseaux s’infiltrent les chauve-souris s’invitent et avec eux de nombreux petits rongeurs y ont élu domicile. Sans doute remplacent-ils les jeux des enfants et des adultes dans les chambres et leurs nids meublent les encoignures. Des mystères se substituent aux secrets.  Quand loin de tout j’attends pendant une heure parce qu’il n’y a pas de café où se pauser que je n’ai pas eu envie de pénétrer la salle des professeurs du collège dont je sors et que je ne sais pas où m’asseoir ici et pas envie là-bas à quelques mètres sous l’abri isolé du quai qui n’a rien de pittoresque abritant des canettes cabossées des mégots des vieux mouchoirs en papier décomposé et les urgences biologiques de dernière minute canines ou humaines je n’ai pas envie ne sais pas où poser mon sac là où je ne me sens pas à l’abri. J’imagine des temps plus froids et plus durs quand cette vallée dans la Roya rivière tourmentée aux pierres rondes qui roulent jusque dans le paillon était italienne jusqu’en 1947. Pendant cette heure-là je regarde à droite et à gauche plusieurs fois c’est presque un tic nerveux c’est presque un réflexe de chien de garde. Je guette les entrées des deux tunnels grattés dans la roche qui à leurs heures sont aussi des sorties deux trous noirs comme des orbites décharnées creusées dans la roche d’où jaillirait mon train plus tôt que prévu si j’avais de la chance comme je l’attends avec son petit tchou-tchou je vais pas le casser c’est promis donne-le moi ton train électrique damilo damilo juste un tour. Je compte jusqu’à trois et il apparaîtra. J’ai conscience que cette scène pourrait être celle d’un film je me joue un peu la comédie j’ai le temps pour ça trop. Trop froid pour lire je téléphone à mon fils il m’assure qu’il est bien rentré de l’école il me réchauffe il se met à me raconter tant de choses sur sa journée que je ne vois pas le sablier s’écouler et que le froid charge et que la nuit barre la route à ma vue. Le temps de l’attente se rétrécit.  J’observe les rails et l’image des souris et des rats dans le métro parisien me revient je les aimais bien ces bestioles là où elles étaient qui animaient les rails insouciantes et affairées pas de surplace pas de temps mort dans ce train-train. Un peu un écho des gens qui attendaient leur rame. En scrutant les rails je surveille je guette un frémissement qui serait autre que celui des rideaux à l’allure de draps éventrés aux couleurs éventées et si je pouvais comme l’ont fait des résistants je me coucherais sur la voie je collerais mon oreille à la ferraille oui si je pouvais je veux dire si j’osais puis au son du métal vibrant aux mouvements imperceptibles je pourrais évaluer les distances et le temps qui resterait à attendre. Attendre. Qu’attend-on pour ne plus attendre. Il y a des civilisations qui n’attendent rien d’autres que la pluie ou le soleil. Je me heurte à l’aplomb de la montagne qui encadre le tunnel de droite. Elle a changé de couleurs depuis mon voyage de la semaine dernière et depuis une demi-heure la nuit gagne la végétation passe du vert jaune orange au brun violet rouge puis au sombre monochrome. Je pense aux impressionnistes à ceux qui peignaient sur le motif en trimbalant tout l’attirail pour travailler contrairement à ceux qui préféraient les jardins et les paysages vus derrière leurs fenêtres. Mais à cette heure ceux-là ils avaient dû rentrer et fermer les volets.  Je vois une forme s’approcher rapidement ronde petite légère des cheveux longs. Elle court dans ma direction j’entends de son sac à dos les clés qui sautillent tintinnabulent s’ajoutant aux bracelets métalliques qui ornent son poignet. Elle me dit bonjour sans articuler un seul mot camouflé dans un bref sourire sans me regarder derrière des lunettes triples foyers qui font de ses yeux des abonnés absents je dis bonsoir. Elle pose son imposant postérieur qui rebondit sur le rebord d’une mince marche contre le mur de ce qui était une vraie gare avec des employés en uniforme aubergine ou bleu marine du mobilier bas de gamme du café et des guichets. On me dit que la gare fut il y a quelques années aménagée en colonie de vacances pour les enfants de la SNCF puis plus rien un rien qui a offert à quelques squatters un abri provisoire au vert.  Je devine d’obscures histoires une intuition de portes verrouillées nourrie par ce train hors service derrière moi sur une voie de garage sur des rails hors d’usage je me souviens de cet accident d’il y a trois ans de ce train écrabouillé contre un autre dans un tunnel de 900 mètres. Des morts des listes de blessés comprimés dans des bousculades de dominos un accident tout près d’ici. Il y a la presse. Le procès. Des causes humaines dit-on. Affaire classée sous une bâche verte qui dans la tôle chiffonnée cache maladroitement les efforts pour oublier le drame et j’ai des frissons. Hâte de partir mais il y a cette fille sans âge qui m’extirpe un sourire depuis qu’elle parle seule pousse de petits cris étouffés simiesques s’agite interpelle des gens qui ne sont pas là voit des choses que je ne vois pas. Elle communique avec ses démons elle se met en colère se bat tire des coups de pieds et des coups de poing dans le vide se rassoit se relève énergiquement m’ignore et avance au bord de la voie pour voir le plus loin possible abréger son attente du train enfin elle invective le train absent. Elle a sa propre façon de faire front au désœuvrement elle me sourit je lui demande quelle heure il est elle ne me répond pas ni ne me regarde elle s’assoit ouvre ses épaisses cuisses sur lesquelles s’appuient des doigts courts impatients et dodus elle pianote et là elle émet de bon cœur une série de sons organiques comme je n’en ai jamais entendus. Je ris en lui montrant mon dos je ris trop j’en pleure en me tenant l’estomac ça me donne chaud je me cache je sais que ce rire là ne se partagerait pas. Il n’a pas de sens c’est pour ça qu’il fait du bien. Il vient de loin cet éclat de voix le mien comme s’il avait mis beaucoup de temps à se préparer gonfler il tombe en trombes comme un orage d’altitude. C’est une fois seulement que le train approche que l’on entend un premier son mat qui ouvre les montagnes monte dans les graves puis qui cesse dès l’entrée dans le tunnel et reprend plus près plus présent un peu avant la sortie qui l’expulse à nos pieds. La fille enfin me répond j’avais oublié ma question. Ce qu’elle me répond si décalé je ne l’attendais pas je ne l’attendais plus j’apprenais à ne plus attendre elle dit t’inquiète pas elle me lance ces mots au moment ou plus rien ne m’inquiète t’inquiète pas dit-elle comme si elle avait senti ce poids dans ma question comme si elle avait deviné mon angoisse et que ma question était juste une façon d’amorcer une conversation et pas plus car j’avais sans doute la tête de quelqu’un qui connaît son heure.  Nous montons dans le train à deux voitures en provenance de Cuneo et nous nous séparons sans un signe comme si rien de cette heure n’avait existé. S’installer en première avec un billet de seconde je trouve ça encore plus appréciable je m’étale avec ce petite goût sucré de l’illégalité je m’affale jambes déployées sur le velours rouge le silence est ouaté il n’y a personne. Commence le défilé des feuillages fondus dans la nuit tombante qui bordent de petites gorges accidentées que je devine plus que je ne distingue des villages perchés inhabités des découpes de roches sculptées dans le granit et le schiste. Tout un paysage strié haché par l’immersion cadencée dans les nombreux tunnels. Je sais qu’un contrôleur tout vert va s’introduire dans mon sas de décompression qui ne compte que quatre fauteuils en regard. Ce sera le même que d’habitude sûrement il ne va rien dire rien parce que je vais devancer sa remarque je vais commencer par m’excuser plutôt que jouer l’innocente ah bon ? j’ai pas fait exprès. Il va sourire complice et me prévenir que le contrôleur Français sera moins compréhensif tout ça il va me le dire en italien je ne l’ignore pas il me l’a déjà dit l’autre fois un mardi comme aujourd’hui où il ne m’avait pas verbalisée. Il a oublié que je suis la même personne seuls mes vêtements ma coiffure ont changé alors voilà je vais lui baragouiner des choses en italien comme ça au hasard je vais lui dire au fait monsieur ce train ne s’appelle-t-il pas le Train des Merveilles. Et je me volatiliserai dans la nuit d’un tunnel.   Sophie Braganti 2004   PS : Chambre vide avec toit et orchestre faisait partie d’un ensemble de textes dont la majorité a été publiée par les éditions de l’Amourier en 2008 : Chambres vides.

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Depuis, avec l’arrivée des personnes qui fuient leur pays et traversent l’Italie pour échouer dans la Roya chez Cédric Herrou, Vintimille, la gare de Saint-Dalmas-de Tende, la vallée prennent d’autres résonances, tout comme ce texte exhumé des « tiroirs ».

 

LECTURE : FESTIVAL LES EAUDITIVES 9

Lecture du texte Dans ma tête j’éponge

publié dans le catalogue Les Savonnières éditions Plaine Page juin 2017

dans le cadre de l’exposition dans la galerie Salle des Machines et du festival Les Eauditives, avec ZIP et Plaine Page.

Avec Claudie Lenzi, Hélène Matte, Sophie Menuet, Frédérique Nalbandian, Chiara Mulas.

Merci à Eric Caligaris pour la vidéo.

Avis de parution de GINETTES

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Poème Sophie Braganti
Illustrations Claudie Guyennon-Duchêne.

Regards croisés sur le sexe féminin et ses diverses représentations.

14 € + frais de port

+ 15 exemplaires numérotés cousus et brodés par l’artiste en livre accordéon.

(contact commandes : cguyennonduchene@orange.fr)

 

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http://claudieguyennon-duchene.blogspot.fr/